Ce nouveau magazine paru au mois de Mars, version française du célèbre magazine américain qui a eu cinquante ans en 2007, m'avait intrigué, même si je n'aimais pas
ce slogan brutal : violence toujours insinuée partout et surtout où elle n'a rien à faire. L'examen du premier numéro m'a fait déchanter, même si à l'affiche des deux numéros suivants se trouvait
Jean Reno si je ne me trompe et Jean Dujardin, deux personnages faits pour me plaire, comme Vincent Cassel sur la couverture intérieure de celui-ci.
Cet épais magazine, bourré de publicités qui se veulent masculines : là encore comme ailleurs les clichés sont au rendez-vous. Des modèles comme il n'en
existe pas ou alors si communs qu'on se cogne dessus à chaque pas dans la rue, bref, des modèles comme il n'en existe pas sauf dans le subconscient peu à la page des conceptrices et concepteurs
post-modernes qui décidément n'ont rien appris depuis 68. En clair, lorsque la moitié de ces publicités vestimentaires n'affiche pas un style homosexuel, c'est tout ce qui rejoint le modèle
"olympique" du type bien discipliné, efficace et fort en muscles, performant-au-stade-comme-dans-l'entreprise, assez démonstrativement viril façon... façon quoi ? pour plaire en zoom dans les
banlieues comme, par son style peu cervelé, donc docile, dans les antres sulfureux et parisianistes des teignes du bien-penser, ou sur les radeaux des neo-neo-féminismes aux prêtresses divaguant
jusqu'où elles ne savent pas et qui ne médusent qu'elles-mêmes. Typique en somme de l'impasse socio-culturelle d'un monde qui ne sait plus qui est qui ni qui fait quoi, se cherche cependant fort
malhabilement, sans jamais se découvrir autre chose que des complexe sociaux et donc bref qui n'existe pas, non et pourtant je suis de bonne humeur.
Le titre : Gentlemen's Quaterly. D'après le site Internet de la revue, prononcer "djikiou". Ce détail-là ne pardonne pas. "Djikiou" pour la revue
américaine ou celle qui paraît dans treize autres pays... Mais cette prononciation-là pour une revue qui se veut mais qui n'est pas branchée, ajoute à son décalage. D'ailleurs, la version
française est mensuelle, et donc "le trimestriel des gentlemen" n'est pas adapté, comme le soulignent la rédactrice en chef, et Frédéric Beigbeder de son côté.
Je suggère donc pour traduction du titre "Gentlemen's Quaterly", puisque de l'aveu de Frédéric Beigbeder on n'en a pas trouvé de satisfaisante - ce
qui est tout de même un comble ! Je suggère "Le coin des gentlemen", formule qui aura l'avantage de coller à la fois au titre américain, au contenu de la revue et à une traduction
rare de "quaterly"...
La publicité de Louis Vuitton affichant la photo de Gorbatchev est de mauvais goût et on tombe dessus dès l'ouverture du numéro. Ensuite, c'est un déferlement de
montres gigantesques, de sujets publicitaires censés plaire aux hommes. Aux hommes... Lesquels ? Là est la question (prononcez : Là est la question).
Le choix du chef des Centristes français pour l'interview réalisée par Beigbeder a quelque chose de définitivement kitch, désolant et étouffant. Là vraiment, on
tourne en rond, même si on sait bien que ce choix repose surtout sur l'origine béarnaise des deux personnages. L'interview proprement dite n'apprend rien qu'on ne sache déjà... Et Beigbeder au
fait, qu'est-il venu faire dans ce cloaque ?
Cette revue ne correspond pas à l'idée que je me fais d'un magazine masculin. Comme à un magazine tout court les descriptions et allusion dans Salon,
dégradantes pour la femme. Il y a juste ce qu'il faut pour faire passer les hommes pour de pauvres types... Mais c'est bien le but, non ?
On aurait pu trouver mieux que la dissertion pseudo-érotique de Jeanloup Sieff, photographe des années 70, pour émoustiller le lecteur. Tous les articles du numéro sont réchauffés : Collector, les 25 films les plus stylés, renvoie à ce qu'on connaît -ou ne connaît - mais qui n'est pas le pourquoi
on va lire la revue. Et tout le reste, du déjà vu, déja lu, déjà entendu : Kouchner et Ockrent, Sinclair et Strauss Khan, passons sur les autres, il n'est jusqu'à Catherine Nay qui ne soit pas
citée ! Comme dans Ego, où on passe en revue les poncifs que connaissent les rédactions de (presque) tous les magazines les jours de fatigue : "faut-il sous traiter sa vie privée ?", "Le
jeudi, c'est soirée afterwork ", "Sexe : les 10 commandements du parfait ecolover", avec des citations à transformer le monde : "tu sors direct du taf, tout est sur place", ou "En clair, si
t'abordes une gonzesse, elle est persuadée que tu veux la sauter. Si c'est un mec il croit que t'es gay" ou encore, dans Style, La moustache
revient. Laissons-là ces réjouissances pour cadres très moyens de la performance à la française, pour dire que dans ce numéro, on a fait du remplissage et que, on l'a compris, le style est
puissant.
Il est vrai que ce explique un bon tiers des publicités est la formule américaine de la revue qui affiche, parmi d'autres, sa référence Gay. On comprend ainsi un
peu mieux. Mais entre les pub tape-à-l'oeil, les pub d'inspiration Gay, les pub d'inspiration sportive peu inspirées, les bagnoles et Bayrou, je me sens décidément étranger à l'espèce humaine...
Tout cela est-il l'effet d'une rédactrice en chef pour cette revue masculine qui se veut par ailleurs "Référence journalistique en matière de mode, de sport, de plitique ou de sexe", et dont
"l'originalité le place au-dessus des poncifs associés au genre"?...
La couverture de l'actuel numéro comporte sur son menu : "On a retrouvé le cerveau de Van Damme". Que l'acteur ait rencontré divers aleas... et ensuite ? Ceux-là ne
sont-ils pas le produit de la société décadente insinuée partout ? De quoi se plaint-on alors ?
Bref, là-dedans, tout m'agace. Et l'Homme n'est pas près de s'y retrouver dans tout ça.