Benoît, Evêque émérite de Rome

Publié le par Royal Infos - RN 1 - 21 h 41 © Copyright Royauté-News2013

 

 

C'est le titre que nous avions préparé ces derniers jours pour une autre parution. Il demeure valide, depuis qu'il ait été annoncé officiellement hier que le Pape Benoît XVI conservera désormais la qualification de "Sa Sainteté Benoît XVI, Pape émérite".

 

Cela éteint heureusement les premières erreurs qui avaient été diffusées dans la presse voici quelque temps, celle par exemple que le Pape redeviendrait "Cardinal Ratzinger".

 

Que la commission de spécialistes qui s'est prononcée sur ce cas particulier du nouveau titre à donner à Benoît XVI, ait eu besoin des "discussions (sur ce point) les plus longues et controversées", est le signe que les notions fondamentales ne sont pas véritablement bien comprises par tout le monde parmi les responsables catholiques, comme c'est le cas depuis assez longtemps pour certaines parties relevant de l'organisation pratique de l'Eglise. (2)

 

 

23 h 50

 

La décision du retrait de Benoît XVI, et les quelques signes qui l'ont accompagnée, laissaient entendre que, s'il quitte la charge, il n'abandonne pas toutes les marques qui lui étaient attachées.

 

La situation des évêques n'exerçant plus leur charge (après leur démission pour raison d'âge 1) a été modifiée par la pratique au cours de ces dernières années. (Cette habitude est intervenue durant la dernière partie du Pontificat de Jean-Paul II) Il avait été décidé que désormais, les anciens evêques devenaient tous évêques émérites, qu'ils conservaient cette qualité jusqu'à leur mort. Ajoutons que le statut de ces évêques a été de facto précisé par cette nouvelle habitude, qui a d'ailleurs fait évoluer ce statut lui-même, mais ceci n'est pas le sujet de l'article.

 

Cette nouvelle pratique n'avait pas concerné la charge d'évêque de Rome, qui est celle du Chef de l'Eglise Catholique. Mais cette faculté en découlait et s'ouvrait dès lors à l'évêque de Rome, depuis le 11 Février.

 

Les décisions prises par Benoît XVI pour son avenir ont induit nécessairement et de facto comme une "charge honoraire" de Pape. Ces décisions sont celles : a) de résider au Vatican ; b) d'utiliser (dès demain) et après l'abandon de la charge, la résidence d'Eté des Papes de Castel Gandolfo. Accessoirement aussi, de ce point de vue, la modification du règlement du Conclave.

 

C'est la position juridique qui découle de cette décision de Benoît XVI, de se retirer, tout en posant les règles de sa future position.  

 

Egalement, pour moi, en se dépouillant de sa charge, il demeure Pontife (Pontife à Rome, c'est-à-dire dans l'Eglise de Rome ; le Pontife auquel je fais référence est entièrement différent du Souverain Pontife, fonction appartenant seule au Pape en charge).


Ce qui semblait être comme un acte d'empiètement sur l'autorité du prochain Pape, ne manque pas aussi d'être mystérieux. C'est tout, donc, une position différente de celle d'un moine, que certains dans la presse lui attribuent. Prière, oui, choisie pour cette retraite, mais aussi sans doute pour observer...

Même si l'avantage de résider au Vatican, est pour Benoît XVI de disposer d'une armure contre ceux qui (journalistes par exemple...) pourraient troubler sa tranquillité s'il s'était installé dans un autre couvent.

 

La modification récente par Benoît XVI du règlement sur la tenue du Conclave, adapté désormais au cas d'une renonciation, (Le Conclave peut-être être convoqué sitôt la démission effectuée) n'est sans doute pas exempte d'intention. Elle semble vouloir couper au plus court les manoeuvres d'influence, inévitables, qui accompagnent avant et pendant l'élection. 

 

Sa décision de demeurer dans l'enceinte Vaticane est une décision conséquente de Benoît XVI, et elle est de portée bien plus lourde que son retrait de la charge.

 

La conclusion de la Commission, est équivalente, à peu près, à celle que j'avais choisie d'utiliser, d'Evêque Emérite de Rome. Elles sont en réalité synonymes. Ce qui est surprenant, est que cette commission ait eu besoin de discuter sur ce qui était évident, comporté aussi bien, dans l'attitude choisie par Benoît XVI, comme dans la logique de l'épiscopat.

 

Je me réjouis que cette Commission ait conclu, comme de mon côté je l'ai ressenti, que celui qui a déposé la charge conservait la dignité papale, et qu'elle restait attachée de facto à sa personne, avec les principaux attributs nécessaires qui en témoignent. (3)

 

Disons simplement que ma position est que le Pape qui s'en va demeure pleinement Pontife, ce que les conclusions de la Commission ne recouvrent pas.

 

Il y aura sans doute d'autres choses à régler, mais le ministère de la prière auquel veut se consacrer Benoît, de type monastique, règle d'avance vraisemblablement beaucoup de détails. Il est vraisemblable que, amateur de cérémonial ancien, Benoît XVI, pour le cas où il assisterait aux grandes cérémonies romaines, il le ferait depuis une loggia privée, associant discrétion et dignité qui continuera de revêtir sa personne.

 

Allons donc beaucoup plus loin que cette Commission. Quels sont les pouvoirs que conservera Benoît XVI, lui, et ceux qui dans l'avenir, si c'est le cas, se trouveraient dans la même situation ?

 

Parmi les pouvoirs du Pape, il en est un, le Pouvoir Spirituel, qui ne s'interrompt pas comme celui de l'Autorité sur l'Eglise. Il cesse seulement d'être exercé. Il est en quelque sorte replié.

 

Ce Pouvoir Spirituel peut s'exercer éventuellement comme un point de vue moral. Mais surtout, il peut se vérifier dans le cas où le Pape en charge serait empêché, ou que la charge soit vacante. Si l'autorité du Pape devenait vacante, et en cas de nécessité manifeste, l'ancien Pape pourrait alors exprimer l'autorité morale qu'il détient de par son Pouvoir Spirituel. Ce sont les conséquences, théologique et canonique, qui résultent de cette situation nouvelle, et que nous définissons.

 

 

1  La pratique a été instituée (1983) pour les évêques de présenter leur démission lorsqu'ils atteignent l'âge de 75 ans.

 

2  Dès le 11 Février, certains à Rome, dans l'entourage du Pape, avaient déjà émis logiquement l'hypothèse que le Pape prendrait certainement le titre d'Evêque Emérite de Rome.

 

3  Des annonces de ces jours derniers, reprises par une grande partie de la presse, que le Pape, une fois retiré, ne porterait plus son traditionnel vêtement blanc (soutane blanche) étaient une erreur. Benoît XVI portera bien le blanc, couleur et enblème des Papes.

 

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