L'Interview de Joséphine Dedet par Royauté-News

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Crédit Bruno Levy/Belfond

 

Joséphine Dedet, fille de l'écrivain Christian Dedet, est l'auteur de deux romans : Roxane l'Eblouissante (Nil, 2003; J'ai Lu 2007) et L'homme que vous aimerez haïr (Belfond 2010) qui ont reçu un avis unanime de la critique. Elle a publié la première version de Géraldine reine des Albanais en 1997, et voici sa réédition revue et augmentée, et préfacée par Eric Faye.

 

Joséphine Dedet est journaliste à Jeune Afrique. Elle a très aimablement répondu à nos questions.

 

 

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 (notre présentation)

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L'Interview de Joséphine Dedet.

 


  - Comment s'est produit ce coup de cœur pour la reine Géraldine, et comment est née l'idée de lui consacrer une biographie ?

L’histoire de Géraldine, cette comtesse hongroise qui a régné un an sur l’Albanie puis qui a connu un destin tourmenté, m’a enchantée dès mon enfance. Mes parents étaient en effet amis avec le demi-frère français de la reine, Guy Girault. Veuve du comte Apponyi (issu de la plus haute noblesse hongroise), la mère de Géraldine, qui était Américaine, s’est remariée avec un Français dont elle a eu trois enfants, qui sont donc les demi-frères et sœurs « français » de la reine des Albanais.
Quelques années plus tard, cette histoire dont j’entendais parler depuis si longtemps m’a inspiré l’idée d’un livre. J’ai eu la chance de rencontrer la reine Géraldine en 1996 en Afrique du Sud, où elle était en exil, de pouvoir recueillir son témoignage direct et d’avoir accès en toute liberté à ses archives. J’ai également entretenu une longue correspondance avec elle. Ces confidences et ces documents inédits, auxquels s’ajoutent des entretiens avec de nombreux témoins, font de ce livre un souvenir vivant du temps passé. Il restitue, je l’espère, le climat d’une époque, l’histoire de l’Albanie et de cette femme remarquable.

   - Voyez-vous Géraldine comme l'une des souveraines les plus pures du XXesiècle ?

Elle a été une souveraine exemplaire. Au-delà de sa grande beauté, de son intelligence du cœur et de la noblesse avec laquelle elle a fait face à l’adversité, j’ai été sensible au contexte dans lequel s’inscrit son histoire. En arrivant en Albanie en 1937, Géraldine a eu un double coup de foudre : pour le roi Zog et pour l’Albanie. Fervente catholique, elle a épousé ce souverain musulman lors d’un mariage civil, sans que ni l’un ni l’autre ne renonce à sa religion. Les Albanais l’ont accueillie très chaleureusement, en particulier les minorités chrétiennes (20% d’orthodoxes et 10% de catholiques). Tous ont été conquis par sa bonté, par le respect qu’elle leur témoignait, en apprenant aussitôt la langue albanaise, par exemple.
Et puis, la vie de la reine est éminemment romanesque. Elle traverse près d’un siècle d’histoire européenne. Née en 1915 dans l’empire austro-hongrois, Géraldine Apponyi (qui est apparentée aux Habsbourg et à toutes les familles royales du vieux continent) a vu un monde disparaître avec la Première guerre mondiale et l’effondrement de son pays natal.
Elle a vécu la montée des périls fasciste et nazi dans l’entre-deux-guerres, et en a été directement la victime, puisque l’Italie de Mussolini a envahi l’Albanie en mars 1939, mettant fin à son règne d’un an. Elle a enduré l’exode de mai 1940 au côté des Français, puis les terribles bombardements allemands (le Blitz) sur la Grande-Bretagne. Après la Seconde Guerre mondiale, elle n’a pu regagner l’Albanie, qui avait basculé dans le camp communiste. Elle et son mari ont trouvé refuge en Égypte, à l’époque du roi Farouk. Enfin, au terme de soixante-trois années d’exil qui l’ont menée jusqu’en Afrique du Sud, Géraldine a pu rentrer en Albanie en juin 2002. Elle y a reçu un accueil triomphal, et elle est décédée quelques mois plus tard à Tirana. Son vœu a été exaucé : elle est morte comme elle le souhaitait : « En Albanie, comme une Albanaise et parmi les Albanais ».

    - Elle n'a pas eu de destin tragique malgré la rupture causée par les événements, cependant elle est entrée de son vivant dans une légende ininterrompue…

Son mariage, en 1938, a été la première union royale médiatisée de l’ère moderne, avant celle d’Elizabeth d’Angleterre, de Grace Kelly et de Lady Diana. Toute la presse de l’époque – y compris outre-Atlantique – s’est enthousiasmée pour cette jeune femme qui charmait les foules par sa beauté, son naturel et sa simplicité. À ses origines aristocratiques s’ajoutait une touche de glamour américain. L’Albanie passait à l’époque pour un pays archaïque. Le roi Zog avait entrepris de le laïciser, de le moderniser, de l’ouvrir au monde extérieur. Il créait des écoles, des hôpitaux, des routes… Polyglotte, sportive, cultivée et dynamique, Géraldine a incarné avec grâce cette aspiration au changement.
Lorsqu’elle a dû fuir le pays sous les bombardements italiens, en avril 1939, elle venait de mettre au monde le prince héritier Leka. Elle a failli mourir, et cette tragédie a ému l’opinion internationale. Un grand pays, l’Italie fasciste, s’attaquait à l’Albanie, petit royaume sans défense ! Une jeune accouchée et son bébé étaient pourchassés dans les montagnes ! Une année de bonheur, puis ce drame… C’est ainsi que se forgent les légendes.

 - A-t-elle marqué les pays d'Europe à travers, par exemple, sa popularité ?

À l’aube de la Seconde Guerre mondiale et dans tous les pays qu’elle a traversés dans sa fuite, Géraldine a été accueillie avec ferveur et acclamée par des peuples inquiets de ce que l’avenir leur réservait. Grecs, Polonais, Roumains, Scandinaves… Tous redoutaient la guerre. Ensuite, elle a été l’une des reines en exil de ces malheureux États tombés sous la férule du communisme, dont l’Albanie a fait partie jusqu’en 1990. Comme cela a été le cas pour les familles royales déchues d’Europe centrale et des Balkans, elle a incarné la résistance aux totalitarismes jusqu’à la chute du Mur de Berlin.

    - A-t-elle définitivement ancré la famille royale d'Albanie parmi les monarchies d'Europe, notamment grâce à son appartenance à une famille de très haute noblesse européenne ?

Étant apparentée à la plupart des dynasties européennes – ce qui n’était pas le cas de son époux le roi Zog – issu d’une vieille famille de la noblesse albanaise –, Géraldine a en effet contribué à conforter la légitimité de la Maison d’Albanie. Elle avait noué des liens d’amitié très étroits avec la famille royale de Bulgarie (la reine Giovanna était l’une de ses plus proches amies), avec Baudoin et Fabiola de Belgique, avec le roi Hussein de Jordanie et les siens, entre autres.

   - Le souvenir de la reine Géraldine, dont les funérailles ont été célébrées en 2002 à Tirana, suivies par un grand nombre, reste-t-il présent chez tous les Albanais ?

Son souvenir reste vivace. À Tirana, une maternité porte son nom. Son fils Leka, décédé en novembre 2011, a eu droit à des obsèques nationales. Et, en cette année de centenaire de l’indépendance albanaise, il est question de rapatrier les restes du roi Zog en Albanie (il repose au cimetière de Thiais, en région parisienne). 
Les Albanais n’ont pas oublié que Géraldine leur a consacré sa vie, non seulement durant son très court règne mais pendant ses longues années d’exil. Elle a consacré toutes ses forces à aimer et à servir ce pays, qui, disait-elle, lui avait fait l’honneur de l’accepter pour reine. Elle l’a aimé et servi jusqu’à son dernier souffle.

 

 

 - Merci !

 

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matiani 25/02/2012 19:21


Ce livre va certainement éclairé certains qui naguère ne croyaient quà la prose enveriste(le dictateur albanais qui a opprimé son peuple pendant 45 ans).Cet ouvrage a aussi le mérite de rendre
hommage au fondateur de l'etat moderne albanais et à son épouse la Reine  Géraldine qui continue de faire vibrer le coeur de ses sujets ,mème après sa mort. 

RN 1 27/02/2012 08:04






Merci de votre témoignage !





J'espère que cet ouvrage touchera les Albanais qui le trouveront et aussi feront connaître à tous les autres l'Histoire moderne de
l'Albanie.






chonchon 23/02/2012 12:00


Merci Michel ! Et ce livre, il faut que je me l'achète.

Edmée De Xhavée 20/02/2012 16:51


Moi non plus je ne connaissais pas du tout cette souveraine qui pourtant a une histoire digne d'être racontée... Quelle existence! Merci pour cette belle et intéressante interview...

Eliane 20/02/2012 13:08


hello Michel, un bel article pour une reine que je ne connaissais pas, merci


tres belle journée

kéline 20/02/2012 12:04


Très tentant d'en connaître encore davantage sur cette personnalité hors du commun  !


Merci de nous la présenter ainsi que de nous parler de Joséphine Dedet, l'auteur de l'ouvragge que je ne connais pas, je note.


bisous et à bientôt