L'Interview du Prince Robert de Luxembourg par Royauté-News

Publié le par RN 1 ©Copyright Royauté-News2011

 

Pour cette dernière Interview de Royauté-News de l'année, nous recevons Son Altesse Royale le Prince Robert de Luxembourg, qui a très aimablement répondu à nos questions.

 

 

Il est le propriétaire du célébrissime Château Haut-Brion, et préside aux destinées du Domaine Clarence Dillon, du nom de son aïeul américain, un francophile qui acquit ce précieux domaine de Haut-Brion.

 

Ce cru historique, Premier Grand Cru Classé dans le célèbre classement de 1855, et qui possède une personnalité légendaire et un prestige sans égal, est le phare de tête de ce domaine, avec également celui de La Mission Haut-Brion. 

 

21

Avec l'aimable concours de © Domaine Clarence Dillon.

 

    ________________________

 

 L'Interview du Prince Robert de Luxembourg -

 

RN 1 : Aujourd'hui, jusque dans certains vignobles célèbres, il existe une course aux moyens les plus sophistiqués voire extravagants et surréalistes, allant jusqu'à la surveillance des ceps par satellite ...  pour fabriquer un produit technologique, et quel est votre sentiment à cet égard ?

 

Le Prince Robert :  - Haut-Brion est la quatrième génération de la société familiale et la première approche de la famille s'est effectuée à Haut-Brion en 1935. Un potentiel excellent et une grande tradition d'innovation sont à l'origine du vignoble, avec au XVI° siècle la famille de Pontac.

Mais sur place il existait des vignes entre 40 et 60 après Jésus-Christ. Certaines choses  comme le choix des cépages, existaient avant l'arrivée des Pontac. C'est là qu'a commencé la grande tradition d'innovation des Pontac. Ils ont même construit un château pour des raisons viticoles, afin de suivre le vignoble depuis celui-ci.  

Ceci, entre 1535-1550, avec Jean de Pontac et sa soeur, épouse du seigneur de Lestonac, qui possédaient La Mission-Haut-Brion, réunie en 1983, située de l'autre côté de la route.  

Le style de vin rouge à Bordeaux que nous connaissons aujourd'hui, le claret, est né avec les Pontac. Pratiqué comme le rosé de saignée. Ce new french class est apparu au XVII° siècle et l'on en trouve des traces, par exemple en 1660. Lorsque Charles II a rendu visite à son cousin germain Louis XIV, il a ramené des bouteilles à Londres en 1660. 

Différentes innovations, des méthodes comme l'ouillage et le soutirage, ont pris naissance à Haut-Brion. C'est là que s'est créé l'élégance de son terroir, mais avec le travail de siècles et de décennies.  

Dans les années 50, à Bordeaux sont apparus les premiers tracteurs : à Haut-Brion. Ensuite (années 60), sont apparues à Haut-Brion les premières cuves en Inox. Egalement, à la fin des années 60, ont été réalisés les premiers tests de clones. 

On a développé également les méthodes de production, mais toujours en recherchant l'innovation. 70 à 75% du vignoble a été reconstitué à la suite de l'utilisation des clones. Nous avons aussi créé les premiers sites Web, ainsi que les premiers à avoir été présentés en Chinois. 

Toutes les traditions utiles ont été conservées pour la qualité du vin, et d'autres ont été abandonnées. Pour les vendanges vertes, nous avons été parmi les premiers depuis 1989. 

Il existe toujours une évolution, toujours en maintenant l'accent des terroirs et l'élégance. 

Il est préférable que la marque ne soit pas trop visible pour le produit final. L'extrême potentiel de qualité doit être mis en valeur et en maintenant les caractères excellents qui nous différencient. Certains vins de terroir ont perdu leur spécificité. Nous mettons l'accent sur la subtilité des terroirs, et sans gommer l'expression du terroir. Nous essayons d'obtenir le meilleur fruit possible, et nous avons réalisé des tests de matériel pour tri optique depuis trois ans. Ce genre d'appareil aura été utile pour l'année 2011, même si pour les années 2009 et 2010 les grains étaient trop secs.

 Nos méthodes servent la nature, et ne sont pas là pour prendre sa place sur le terrain.

 

RN 1 : Peut-on dire que vous avez conservé une conception classique et que Haut-Brion est cultivé de façon traditionnelle, comme certains grands domaines qui emploieraient, le supposent certains, les méthodes biodynamiques ?

 

  - Pour la culture biodynamique, non, mais nous effectuons des tests de ce type de temps à autre. Nous gardons une méthode traditionnelle mais en limitant les traitements comme les pesticides. Mais la culture biodynamique n'est pas notre intention pour l'instant.

 

RN 1 : Votre passion est-elle la même, ou aussi grande, que celle de votre aïeul, et êtes-vous un propriétaire qui suit de près l'élaboration de ses vins ?

  - Vous évoquiez La Mission Haut-Brion : j'avais quinze ans lors de l'achat de La Mission   Haut-Brion et, à la demande de ma mère, et pour y assister je suis revenu d'Angleterre où j'étais en internat.  

Et lorsque je suis arrivé à la direction du groupe, j'ai souligné que je serais le responsable, non d'un Premier Grand Cru, mais de quatre Grands Crus  (Il s'agissait de nos quatre vins : nos deux vins rouges et nos deux vins blancs). Nous les considérons égaux, et ils doivent être traités de la même façon. 

Depuis cinq ans, beaucoup de rénovations et de bâtiments ont été apportés, et le marché semble reconnaître ce travail. De même, La Mission, bien qu'elle n'en ait pas le titre, est notre 6° Grand Cru. ( note : c'est-à-dire le 6° Premier Grand Cru Classé ). 

Nous avons racheté cet été une propriété sur le plateau de Saint-Emilion, pour faire le même travail qu'à la Mission : Tertre Daugay. Il possède un énorme potentiel, de même que tout le plateau de Saint-Emilion, et, bien qu'autrement, nous pouvons atteindre le même potentiel que nos autres crus. 

Les améliorations et les rénovations que nous effectuons sont identiques pour nos grands crus, et afin de toujours maintenir leur supériorité. 

C'est identique pour Clarendelle, et ce vin est né de cette passion. Il fait partie de ma vision, et je ne ferais pas un vin que je ne servirais pas à un ami. 

Pour ce qui est de la préparation du vin, et de l'assemblage, ce n'est pas mon métier, mais nous avons bien entendu notre équipe de spécialistes, des oenologues, qui sont extrêmement compétents. Je participe aux réunions, sans m'interposer, et en respectant leur décision.

 

  [ (RN 1 : - Pouvons-nous parler de Clarendelle, donc ? ] : - Oui, bien sûr !  il s'agit d'un membre intégral de notre travail.

Pour répondre au sujet de mon aïeul, j'ai connu mon arrière grand-père, ainsi que mon grand-oncle, (...) et, oui, je partage cette même passion mais tout en étant plus présent et ce, avec la faculté des communications, et la famille est plus présente que les générations précédentes.

 RN 1 : Tout en contribuant à la réputation française dont elle est une part, l'image du vignoble Haut-Brion est-elle plus internationale, plus anglo-saxonne, plus marquée encore que cette image traditionnelle des grands Bordeaux ?

 

  - Haut-Brion s'identifie à la France.
Si vous parlez d'un côté international, déjà les Romains sont arrivés et ont voyagé partout. On peut dire aussi que durant trois cents ans, l'Angleterre possédait ces terres. Plus tard, celle-ci a influencé le marché du vin, notamment avec le claret, puis avec le french claret de Haut-Brion. Il fut le premier vignoble des grands vignobles prestigieux, et il y a toujours eu une relation anglo-saxonne. Au XVII° siècle, les Pontac ont développé avec une grande intelligence cette notoriété. Le fils de Jean III de Pontac ouvrit en 1666 une taverne à Londres, pour faire connaître leurs vins. A L'enseigne de Pontac, on trouvait l'intelligentsia de l'époque à Londres. On y trouvait Lord Pepys, Newton... C'est à ce moment qu'arrivent le café, le chocolat, le gingembre...

Haut-Brion est un des premiers vins de Bordeaux de lieu-dit. Avant, on les appelait par leur nom de village ou sous le nom de "vins de Pontac". Il a fait naître la notion de terroir, de lieu, et elle est liée à la philosophie de ces vins et à sa très grande qualité.

Il s'agit d'un vin intégralement français, et son histoire est liée à la France à travers les siècles. Même s'il s'agit d'une marque de luxe, et même la première marque du monde, et il n'en existe pas beaucoup et qui perdurent aussi longtemps.

 

RN 1 : Lorsqu'on possède soi-même un nom illustre, peut-on avec lui ajouter encore à un cru si prestigieux et unique ? Quelle est votre conception de l'élégance : quelle serait votre définition de l'élégance en général ? Et pourriez-vous dire un mot de vos passions ?

 

Je suis au service d'une société familiale, et ma préoccupation est la qualité de nos vins ainsi que leur développement. Je n'intègre pas mon nom dans le mix. Même si un grand nom peut être important dans le monde. Notre famille s'investit dans la durée, et je suis là pour représenter la famille Dillon. Aujourd'hui, le nom qui sonne, c'est Mission ou Clarendelle, et je suis le gardien de l'entreprise familiale. Il n'y a pas d'importance pour mon nom personnel.

Je puis vous citer une anecdote. Je me trouvais à Miami, en arrivant dans un hôtel où l'on m'avait réservé une place, comme cela s'est produit plusieurs fois. On cherchait à "de Luxembourg", et on ne trouvait pas. On m'avait sans doute réservé pour "Prince...", non plus. "Mr Prince" ? Rien !  - Dillon ? Rien !  - Haut-Brion ? - Ah, Mr Haut-Brion ! Bienvenue !

 

Au sujet de l'élégance, Haut-Brion est une définition de l'élégance en lui-même.

Comme le présentait mon père, cela porte sur la subtilité. Tout est présent, sans qu'il y ait quelque chose de trop marqué. C'est une question d'équilibre, et c'est toujours le cas dans tous les domaines : la mode, ou l'Art... Cela se situe dans l'intellect et  la complexité, non dans l'évidence.

Au sujet de mes passions : mon métier ! Je suis dans la peau d'un amateur de vin, et je collectionne aussi les autres vins.

Si je suis plus passionné, c'est au sujet de ma conviction de la supériorité du vin français, en raison de son élégance et de ses qualités, qui ne sont pas nécessairement présents dans d'autres.

Il faut maintenir tout ce qui se fait dans la supériorité des vins français : l'Alsace, les Côtes-du-Rhône, Châteauneuf-du-Pape, les Bourgogne...


J'ai pratiqué l'Art, j'ai été écrivain, et scénariste de films, et j'ai été sculpteur aussi. J'aime la nature, et l'architecture. Je suis aussi porté sur la lecture, et j'aimerais retrouver le temps de lire, mais je suis trop impliqué dans l'évolution de la société depuis quelques années !

Ma première passion reste ma famille : je suis marié, et père de trois enfants. C'est le premier miracle de ma vie, et c'est le luxe suprême !


RN 1 :  Merci !


Commenter cet article

Philippe Meilhac 29/04/2012 16:25


Excellent interview. Après lecture, on se dit, avec soulagement, que tant qu'il existera des personnes de cette trempe, rien en ce monde si fou ne sera tout à fait perdu. Voilà une famille qui
sait perpétuer le lien entre toute la richesse du passé et toutes les exigences de la modernité. Chacun, à son degré, aussi humble soit-il, peut être fier de ce monsieur et lui souhaiter la
poursuite de cette belle réussite.

RN 1 30/04/2012 23:22






 


Merci de votre avis et de votre participation.


 


Bienvenue ici !  






Edmée De Xhavée 21/12/2011 19:24


Belle interview et belle personalité, oui! Elégance et vignoble, bon sens, douceur... Merci pour ceci, cher ami!

Eliane 20/12/2011 13:53


Bonjour Michel, un intervieuw princier, merci du partage.






 Très belle journée, encore un peu de
neige ici, à demain




TR 20/12/2011 09:38


Oui, une très belle entrevue!


Merci!

Sherry 19/12/2011 21:50


j'aime beaucoup la dernière phrase concernant le Miracle de la vie.. suprême richesse, merci pour la découverte de ce personnage. bonne soirée Michel