Pour illustrer une question d'Histoire, voici un texte de 2003 (? à vérifier), retrouvé, envoyé à un journal pour contrer les propos tenus par Philippe Sollers qui critiquait à la fois le manque de réalisme des reconstitutions historiques fleurissant à la belle saison dans les campagnes, et le fait qu'elles rendent sympathique au public l'époque du Moyen-Age. Ce texte est livré tel quel. Les guillements entourent les citations de ce que dénonce Philippe Sollers.
Derrière ma plume s'esclaffe un lecteur, passé l'agacement que lui ont provoqué les propos de Philippe Sollers dans ces colonnes le 10 Août repris par le Propos du Jour le lendemain. (...)
Mais le rire l'emporte, comme c'est le cas lorsque le goudron du mensonge se voit habiller des plumes du ridicule. Que les propos de Philippe Sollers soient "d'une invincible gaieté" (note : commentaire fait par le journal), on ne peut en douter. Foncièrement comme dans la forme ils ont de quoi réjouir les amateurs de l'emballage en vrac, comme ceux de la Langue Française, et lorsqu'il dit que les Français n'ont toujours pas assumé les Lumières, on ne peut qu'aquiescer au nouveau romancier.
Le célèbre écrivain doit savoir que pour défendre une idée, il faut que les exemples choisis soient véridiques, ce qui exclut des sottises fabriquées surtout au 19° S. par des historiens officiels si pauvres alors de méthode et soucieux de faire remonter toute justification humaine à la Révolution, et à elle seule.
En effet, il dénonce " l'affaiblissement du sens critique" : mais n'est-ce pas le trésor de nos hommes politiques, et de nos Intellectuels, tous confondus ? Même si la mémoire récente est fragile, le Passé proche, du 20° S. par exemple, n'offre-t-il pas des leçons dont l'urgence n'effleure plus personne ? L'amalgame en est une, si bien servie par la confusion entretenue des idées, cela grâce à la chair politique qui nous a conduit, depuis le Général.
Monsieur Sollers voudrait donc opposer "les mensonges anesthésiants" qu'il dénonce à un réalisme qui, grâce aux Lumières devrait faire justice aujourd'hui du méchant Passé d'hier.
Mais pour qui roule-t-il, ce faisant, sinon pour cette République Hydrophile, qui s'est absorbée, elle-même avec tout le reste : mythes politiques, sottises, travers de l'Ancien-Régime, et même jusqu'au néant ? Passe-passe pour l'anesthésier un peu plus ? Ce mot d'ailleurs appartenait au vocabulaire de la Vieille Droite Française ( la vraie, que personne ne connaît, et pour cause : de longtemps disparue !)
Il est certain que les seigneurs du Men-Age ne ressemblaient pas à ces généraux à bedaine entourant "MAM" sur la photo benoîte que leur a consacré Paris-Match. Quant aux exploits de la République, on peut saluer celui des généraux de 39, que mon Père qualifiait de "vieilles ganaches syphilitiques", qui nous ont conduit où l'on sait, comme sous toutes nos républiques. Où, sinon à ce fameux Crime contre l'Humanité, si justement dénoncé, de la chair à canon?
"Un peuple sans mémoire est prêt pour la servitude, mais celle des marché bien plus que des politiques" : on acquiescerait de go, si le parleur n'utilisait une phraséologie de Droite pour ranimer des haines rétrogrades et sans fondement. D'après lui, nos anges politiques seraient vierges de responsabilité dans la dictature des marchés qu'il dénonce ? Et l'absence de mémoire met-elle à l'abri de la dictature politique, est-elle neutre ?
Les trois-quarts du temps, la seigneurie revêtait la formule du type quasi-familial et simple, le seigneur exerçant au profit de l'intérêt général qui représentait le sien.
Quant à la mortalité moyenne à trente-cinq ans, l'attribuer en un tour de ficelle à l'horreur des temps, celle de "l'oppression de l'église et du château", j'en ferai justice en cinq minutes auprès de qui m'offrira à boire.
Quant aux reconstitutions, que ne parle-t-il de Philippe de Villiers, ce bon défenseur des valeurs mélangées, ni du parfait décadent de son spectacle romain ! Il est bien, lui aussi, le fruit du démembrement des esprits ! Avec son avisé cocktail d'idées sures et de substantiels bénéfices.
Qu'on fiche la paix aux seigneurs du Men-Age, ils ne sont plus là pour se défendre, eux aussi qui ont eu à faire face à des conditions inimaginables aujourd'hui bien que différentes de celles du peuple, ils n'auraient fait qu'une bouchée de nos modernes détaleurs.
Pour la vérité historique, chère à Philippe Sollers, le Droit de Quittage, véritable nom du "droit de cuissage" n'a jamais eu le sens qu'on lui donne devant les comptoirs de
bistrot, mais consistait en une somme compensant le départ des femmes se mariant et quittant les terres de la juridiction du seigneur. En ce sens, on a pu dire que le seigneur détenait, par indirectement, un "droit sur la cuisse" des femmes vivant sur ses terres, trait d'une époque où l'on parlait rond sans que l'esprit, lui, soit tordu.
D'ailleurs cette opération revêtait parfois une forme symbolique, ressemblant à la jaretelle offerte par la mariée dans certains mariages encore aujourd'hui. Il s'ajoute à cela que la nouvelle mariée, ayant pu autrefois lui donner "des gages", le seigneur ait alors réclamé comme il était coutume un signe pour "quitte" de toute promesse supposée ou réelle, afin de ne pas paraître dédaigné (pour un autre ou plus maigre).
Quant au débordement sexuel, mon toubib (socialiste) me disait l'an dernier ce qu'il en était il y a très peu dans les campagnes ou dans les villes de notre époque Moderne, dez des familles pauvres, où l'on dormait au même lit, enfants au bord, l'homme au milieu, femme à sa droite, fille aînée à sa gauche.
Ensuite, la propreté était plus sûrement l'attribut du Men-Age que des époque suivantes. Et les fêtes chômées étaient nombreuses, et l'on n'ouvrait pas le Dimanche ! Suffira-t-il de dire qu'un très haut seigneur, puissant, Guillaume Rostang, au début du 14° S. fut massacré par ses sujets alors qu'il prétendait pousser un peu loin les réjouissances citées plus haut ? A cette évocation, l'idée d'un peuple "en servitude, opprimé", s'impose d'un coup, et laisse songeur.
J'ajoute que la Taxe de Séjour, toujours réclamée par nos édiles (qui sont, en fait, des crocodiles) est une pratique infecte.
De plus, Philippe Sollers est hors sujet : la fonction des reconstitutions n'est pas de donner un nerf marxiste à des époques révolues, mais bien de procurer distraction et rêve au visiteur, en les lui restituant, de façon agréable, car elles appartiennent à lui, c'est-à-dire au Peuple, qui les a façonnées avec courage, effort, conscience et amour.
Et sait-il que repos dominical n'est (re)devenu obligatoire qu'en 1906 ? Le justicier a bonne mine. Si nous étions alors en plein Men-Age, la Renaissance n'a pas encore débuté, et il faut rectifier les manuels... Et cela, le wagonnier des modes hirsutes le sait bien : qu'à ses livres, l'esprit des lecteurs restera forcément au "niveau critique".
Pour la véracité que réclame Ph. Sollers, je suggère que les participants bénévoles aux reconstitutions se cassent une dent, ou s'envoient de vraies paumes. Et qu'ils usent, les uns envers les autres, de nombreuses caresses afin de prévenir le "retour à l'ordre moral". Enfin, si Ph. Sollers veut jouter, qu'il vienne me trouver, et se retrouver le cul par terre.
Quant au "gâtisme"...
© Michel THOMAS de LA GARDE tous droits réservés