Le 28 Novembre, Point de Vue déclarait ceci :
Rififi dans la famille de Savoie par Jérôme Carron
La demande d'indemnisation faite par le prince Victor-Emmanuel et son fils Emmanuel-Filibert de Savoie au gouvernement italien pour l'exil de leur famille en 1946, a déclenché de nombreuses réactions. Les soeurs du prince, Marie-Gabrielle et Marie-Béatrice, ont exprimé leur profond désaccord avec cette démarche: "La présence continuelle de Victor et de son fils dans la presse grand public est une source constante d'embarras". Par ailleurs, Amédé, duc de Savoie, qui se déclare l'unique chef de maison, publie une lettre ouverte: "J'ai le devoir de préciser que les initiatives inspirées non par le bien de la Famille mais par l'appât du gain (...) n'ont rien à voir avec la maison de Savoie et (son) héritage moral". Dans l'autre volet judiciaire concernant le prince Victor-Emmanuel, ses avocats affirment que les poursuites à l'encontre de leur client pour corruption ont été abandonnées par manque de preuve.
Le feuilleton se poursuit. Il n'a jamais cessé, depuis l'an dernier, et il semble bien que la situation ne pourra s'éterniser de la sorte. Jouant sur leur grande notoriété internationale, les membres de la famille de Victor Emmanuel se manifestent en effet régulièrement sur la scène médiatique, et tel est bien l'une des choses que leur reprochent la maison royale, la famille d'Amadeo, de nombreux italiens et jusqu'aux soeurs de Victor Emmanuel, les princesses Royales Marie Gabrielle et Marie Béatrice. Car ils n'y manquent pas de rappeler leurs différends avec leur cousin et de maintenir leur position malgré l'acte par lequel Amadeo, le 7 Juillet 2006, faisait jouer son plein droit en devenant de façon officielle Duc de Savoie et Chef de la maison royale italienne, tandis que son fils Aimone, le duc des Pouilles, revêtait quant à lui la dignité de Duc d'Aoste.
Une issue assez désastreuse serait la scission des Ordres dynastiques, si la situation actuelle se maintenait. Victor Emmanuel et son fils continuent, malgré l'acte d'autorité de leur cousin, d'entretenir une réalité matérielle des Ordres, à travers les membres qui leur restent fidèles, et malgré les vives critiques que leur maîtrise avait suscitée.
Il suffit de constater, sur le site qui dépend de Victor Emmanuel, l'illustration d'une partie des critiques qui lui étaient adressées : l'utilisation commerciale de ces institutions historiques. Cet appel au don en ligne revêt à notre avis un caractère assez fâcheux.
Les règles qui désignent l'héritier de la couronne italienne sont claires. Voici, brièvement, de quoi il s'agit :
Par son mariage conclu en 1971 sans l'accord de son père, le dernier roi en exil, Victor Emmanuel s'est exclu de la capacité de lui succéder. Les difficultés nombreuses, suscitées depuis par divers épisodes mettant en cause la réputation de la famille royale, ont décidé son cousin, Amadeo, après plusieurs semonces, à faire acte d'autorité, et par sa proclamation officielle en 2006, comme Chef de la maison royale et Duc de Savoie, à faire pleinement jouer son droit. Celui-ci lui est garanti par la Constitution italienne en vigueur sous la monarchie.
Actuellement se poursuit un rodeo judiciaire entre les deux branches. Les arguments juridiques présentés par le clan proche d'Amadeo, d'après nous se révèlent très étoffés, bien plus qu'au début. Par ailleurs, le Prince se révèle maîtriser complètement les notions qui établissent sa position en toute transparence, tandis que de son côté, Victor Emmanuel met en avant, entre autres, l'exil subi avec sa famille, et bénéficie auprès d'une partie du public italien ou international d'un coëfficient de sympathie et d'un certain nombre d'appuis.
Rappellons que l'exil subi par Victor Emmanuel pendant cinquante-six ans visait le fait de compromission avec le régime mussolinien imputé à son grand-père.
La monarchie italienne n'a jamais été abdiquée, lorsque la république, profitant d'une certaine confusion s'est installée après la seconde guerre mondiale, en s'appuyant sur un referendum que de nombreux italiens, ainsi que des spécialistes considérèrent alors et depuis comme truqué. En outre, ce referendum semble avoir été -indépendemment du trucage des résultats - illégal puisqu'il ne respectait pas le quorum. Quoi qu'il en soit, la monarchie italienne peut, à notre avis - qui rejoint en gros les arguments d'Amadeo - se prévaloir en droit du fait de cette non-abdication.
A suivre...